14 mai 2012

Lorsque le Sierra Leone a rejoint le Partenariat IHP+ en 2010, les organisations de la société civile ont été invitées à soumettre des demandes de subvention au Fonds d’action pour une politique de santé (HPFA, de l’anglais Health...

Lorsque le Sierra Leone a rejoint le Partenariat IHP+ en 2010, les organisations de la société civile ont été invitées à soumettre des demandes de subvention au Fonds d’action pour une politique de santé (HPFA, de l’anglais Health Policy Action Fund). Le Shepherd’s Hospice Sierra Leone, une organisation active dans la périphérie de Freetown, la capitale, a obtenu une subvention. Lors d’une visite au Sierra Leone en juin 2011, Tobias Luppe, représentant d’Oxfam et responsable de HPFA, s’est entretenu avec Gabriel Madiye, le directeur exécutif de l’organisation, à propos de l’engagement de la société civile dans la politique de santé. 

Quelles sont les activités de Shepherd’s Hospice Sierra Leone?

“Nous fournissons des services en soins palliatifs et cherchons comment les patients atteints de maladies chroniques comme le VIH, la tuberculose ou le cancer et souffrant terriblement peuvent avoir accès à des traitements. Par exemple, nous nous assurons que ces patients peuvent recevoir de la morphine, un médicament essentiel dans le contrôle de la douleur. Jusqu’à récemment, en effet, il était impossible de soulager les patients grâce à la morphine car le Sierra Leone n’en autorisait pas l’importation. Grâce à notre travail de plaidoyer nous avons pu surmonter cette difficulté.”

Comment, en tant qu’organisation prestataire de services, avez-vous obtenu une subvention du Fonds d’action pour une politique de santé?

“Cette question est très intéressante. Nous nous questionnons sans cesse sur ce que nous pouvons changer dans la vie d’un patient, dans la vie d’une communauté et au niveau national. En tant qu’institution prestataire de services nous travaillons sous la forme d’alliances mouvantes. Grâce à cette subvention, nous avons pu créer une coalition nommée l’Alliance pour la santé des populations et nous nous sommes organisés comme la branche sierra léonaise du Mouvement pour la santé des populations. Nous nous réjouissons d’avoir un secrétariat afin de pouvoir réellement engager les responsables politiques, travailler avec eux et les tenir redevables, pour que les patients vulnérables ne fassent pas les frais des failles de la santé publique.”

Comment mettez-vous en œuvre, pratiquement, vos activités de plaidoyer?

“Cela commence par donner le pouvoir aux patients. La plupart des activités de plaidoyer s’est jusqu’ici concentrée sur les travailleurs du secteur de la santé, ce qui a déterminé comme priorités celles des travailleurs de santé et celles de leurs institutions. Cette fois-ci nous avons inclus les patients et leur famille dans notre alliance. Notre action de suivi des politiques et de plaidoyer est centrée sur les patients, et est même menée par ceux-ci. »  

Quelle a été votre expérience jusqu’ici?

“Avant, nous avons souvent eu des problèmes et nous pensions que nous pouvions les résoudre tout seuls. Spécialement quand il s’agissait d’engager les responsables politiques, les personnes statutairement responsables de s’assurer que les soins de santé sont fournis dans le contexte d’une réponse favorable aux populations paupérisées. Ils doivent promouvoir l’équité et la qualité ! En tant que prestataires de services, il est difficile pour nous de les rendre redevables car ils sont nos partenaires. Mais si nous travaillons en coalition avec les patients, je pense que nous pouvons les mettre devant leur responsabilité. Non pas comme des organisations individuelles, mais en tant que patients et citoyens de la République du Sierra Leone.”

De quelle manière l’Alliance pour la santé des populations (People’s Health Alliance) s’est-elle engagée dans le processus de politique au Sierra Leone ?  

“Nous essayons de donner aux patients et aux groupes de soutien les moyens d’être représentés lors des réunions du comité de district de lutte contre le SIDA. De tels comités ont une grande influence et travaillent à l’actualisation de la politique gouvernementale au niveau de district. Nous travaillons également avec les mêmes groupes de soutien afin qu’ils soient représentés au sein du mécanisme de coordination nationale du Fonds mondial.  Il est important que ces groupes et les patients qu’ils rassemblent puissent avoir une voix publique et témoigner de comment leur droit à un traitement est respecté.”

Quelles sont vos principales actions en ce moment?

“Nous avons urgemment besoin d’assurer aux patients souffrant de tuberculose l’accès au traitement. Nous avons en effet réalisé qu’il n’y a pas dans le pays de médicaments contre la tuberculose ! En tant que prestataire de services, notre institution a établi à travers le Sierra Leone 22 centres de traitement de la tuberculose selon le modèle DOTS -  traitement de brève durée sous surveillance directe. Tous les matins je reçois des coups de téléphones pour m’informer que ces centres DOTS opèrent sans médicaments contre la tuberculose. Nous avons dû convoquer une réunion de consultation de la société civile les 14 et 15 juin 2011 et nous avons publié un communiqué de presse. Dans les prochaines semaines nous descendrons dans la rue pour manifester, afin de faire savoir au gouvernement que, de fait, l’accès aux médicaments contre la tuberculose est un droit humain fondamental. Sans ces médicaments, des patients vont mourir.”

Les responsables politiques vous écoutent-ils?

“Ils vont le faire. Nous vivons dans un pays souverain et démocratique dans lequel le gouvernement est bien intentionné, surtout quand il s’agit de santé. S’il y a des problèmes de ressources, nous devons être compréhensifs, mais pas au détriment de vises humaines.”

Quels sont vos plans pour l’avenir?

“Je veux construire une coalition plus grande. La subvention reçue de HPAF nous a permis d’apprendre comment construire une solide coalition de la société civile. Je pense que nous avons appris beaucoup. Je souhaite maintenant que nous puissions nous étendre afin que des membres de la coalition se spécialisent dans les différents aspects de la surveillance des politiques de santé. Mon souhait personnel pour la Sierra Leone est que nous puissions réduire la mortalité maternelle et infantile pour que les enfants et leur mère ne soient pas si nombreux à mourir.”

Catégories: Sierra Leone


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