8 avril 2014

Des organisations de la société civile (OSC) du monde entier se sont réunies au Sénégal en février 2014 pour parler de la couverture sanitaire universelle (CSU) et du droit à la santé. L’IHP+ a demandé à Guy Aho Tete Benissan, Coordonnateur régional du REPAOC, Sénégal, et Bruno Rivalan, de Global Health Advocates, en quoi ces préoccupations sont-elles liées à l’efficacité de l’aide et la coopération au développement.

Coopération au développement et couverture sanitaire universelle : dialogue avec les OSC

 

Q. Lors de la récente conférence de la société civile sur la CSU, quelles questions ont été soulevées pour les OSC en rapport avec l’efficacité de l’aide et la coopération au développement ? 

Tout d’abord, la mise en œuvre de la CSU touche les principes de l’appropriation démocratique et des résultats. Les politiques de la CSU devraient renforcer les systèmes de santé pour les rendre plus équitables et leur permettre de prodiguer des soins de santé à l’ensemble de la population. Il convient de fonder les politiques sur les besoins et les autorités et les OSC doivent collaborer pour veiller à satisfaire ces besoins. Nos discussions ont également abordé le financement et la coordination ainsi que l’alignement sur les plans nationaux de santé. Comment les gouvernements pourraient-ils autrement assurer un financement durable et prévisible ? La redevabilité mutuelle et la transparence sont aussi vitales, puisque tous les acteurs assument des rôles et des responsabilités dans la définition et la mise en œuvre des politiques de la CSU, notamment les gouvernements, les parlements, les donateurs, les OSC, les communautés et le secteur privé. 

Q. Comment une amélioration de l’efficacité de l’aide et la coopération au développement aidera-elle la CSU ? 

Les principes de l’efficacité de l’aide et de la coopération au développement devraient guider la mise en œuvre et le suivi de la couverture sanitaire universelle. Chaque pays définira sa propre voie vers la CSU, mais si nous tentons de résumer les principaux enjeux lors de la formulation des politiques de CSU, il y a des questions similaires auxquelles il faut répondre. Qui doit être couvert par quel ensemble de soins ? Quel système de financement est adapté ? Quel mécanisme de gouvernance et de responsabilité doit être en place ? 

Pour que les politiques de CSU soient équitables et véritablement universelles, il faut résoudre ces questions conformément aux principes de l’efficacité de l’aide et de la coopération au développement. Il serait bon que les politiques de CSU constituent un processus axé sur le développement avec une active participation des OSC pour veiller à répondre aux besoins de la population. Tous les donateurs auraient intérêt à s’aligner sur un plan de santé national unique afin d’éviter de fragmenter le système de soins de santé et les régimes de remboursement.  

L’application des principes de l’efficacité de l’aide et de la coopération au développement est une condition nécessaire, mais non suffisante à elle seule pour garantir l’équité des politiques de CSU. Des aspects techniques tels que les réformes du système de santé, les cadres juridiques et les régimes d’assurance vont au-delà de l’efficacité de l’aide. 

Q. Quel est le rôle des OSC dans la CSU ?

Les OSC doivent faire partie du processus de définition des ensembles de soins de santé fondés sur les besoins des communautés. Créer une demande pour ces services, demander des comptes aux gouvernements et aux donateurs sont autant de fonctions essentielles. La prestation des services par des organisations communautaires est également vitale, tout spécialement si elles jouissent de la confiance des populations clés qui sont souvent exclues des systèmes de santé. 

À mesure que nous progressons vers la couverture sanitaire universelle, il nous incombe aussi de prendre acte de nos engagements et de nos devoirs en tant que société civile pour parvenir à réaliser le droit à la santé et appliquer les principes cités ci-dessus. Nous devons nous engager à être aussi représentatifs que possible, à être transparents dans nos débats et à partager l’information avec les citoyens et nos interlocuteurs politiques.

Q. Quels défis les OSC rencontrent-elles en matière d’efficacité de l’aide et de coopération au développement dans le secteur de la santé ? 

Les OSC, en particulier les organisations de santé qui travaillent aux niveaux mondial et régional, possèdent une bonne connaissance de l’efficacité de l’aide et de la coopération au développement. Il risque cependant de leur manquer une vision concrète de la manière dont ces principes peuvent être appliqués au niveau des districts pour les organisations communautaires. 

Nous devrions préparer des boîtes à outils, partager davantage de données pratiques et organiser des ateliers plus nombreux sur ces questions. Mais pour véritablement augmenter la capacité des OSC en rapport avec l’efficacité de l’aide et la coopération au développement, le meilleur apprentissage naît de la pratique. Pour y parvenir, les gouvernements et les donateurs, y compris les signataires de l’IHP+, doivent appliquer les engagements qu’ils ont souscrits et associer pleinement les OSC. Trop souvent, les OSC au niveau national sont consultées à peine deux heures, parfois même sans réunion en face à face. La sélection des OSC est fréquemment arbitraire et non représentative. Les donateurs et les gouvernements doivent inclure les OSC comme d’authentiques partenaires lors de la définition des plans de santé du pays et des stratégies sous-sectorielles apparentées. Ce serait la meilleure façon de développer les capacités des OSC en matière d’efficacité de l’aide et de coopération au développement. 

Catégories: Couverture sanitaire universelle


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