9 octobre 2015

Mikael Ostergren est Directeur de programmes au Département de la santé de la mère, du nouveau-né, de l’enfant et de l’adolescent à l’Organisation mondiale de la Santé. Mikael a récemment participé à l’évaluation JANS en Éthiopie et en Ouganda. Il a fait part à l’IHP+ de ses observations sur la manière dont le processus peut bénéficier aux sous-secteurs.

L’évaluation JANS : un processus avec des avantages sous-sectoriels

« Quand j’ai pris part cette année à l’évaluation conjointe des stratégies nationales de santé ou JANS (de l’anglais Joint Assessment of National Health Strategies) en Éthiopie et en Ouganda, certains membres de l’équipe représentaient le Fonds mondial, Gavi ou la Banque mondiale ; il y avait donc beaucoup de spécialistes de sous-secteurs. Nous avons examiné des plans sous-sectoriels dans le cadre plus large du plan de santé. La présence de différents spécialistes, y compris des experts en financement de la santé, qui s’intéressaient à des domaines particuliers, mais sans perdre de vue le plan d’ensemble du secteur, a été un aspect très utile du processus de JANS. 

« Dans les pays, une difficulté pour la planification sous-sectorielle est en général que si l’on se centre uniquement sur le sous-secteur, on perd de vue le lien avec le plan national de santé plus vaste. Par exemple, si l’on veut élargir les services de santé reproductive, de la mère, du nouveau-né, de l'enfant et de l'adolescent (SRMNEA) pour y inclure des agents de santé communautaires, cette décision a des conséquences sur les ressources humaines. On peut donc avoir une bonne idée pour le plan sous-sectoriel, mais sa mise en œuvre dépendra du plan de santé global. Elle sera aussi tributaire de la stratégie de financement de la santé. Si vous estimez qu’un plan sous-sectoriel devrait être assorti d’un élément de couverture sanitaire universelle, mais que cette idée n’est pas reflétée dans un ensemble minimal de prestations dans le cadre de la stratégie de financement, elle n’ira pas très loin.

« Actuellement, nous travaillons dans le domaine de la santé maternelle au sein de la SRMNEA et nous collaborons également avec le nouveau mécanisme de financement mondial (GFF) et son fonds fiduciaire géré par la Banque mondiale. Dans le cadre du GFF, la stratégie d’investissement principale (pour l’essentiel un plan solide et hiérarchisé de SRMNEA) est aussi liée à la stratégie de financement de la santé plus large et articulée sur le plan de santé d’ensemble.

« Nous avons eu beaucoup de discussions pour déterminer comment garantir que la stratégie d’investissement soit à un niveau de qualité propre à attirer les investisseurs, c’est-à-dire principalement le ministère des finances, puis des bailleurs de fonds externes comme la Banque mondiale. Nous n’avons pas encore trouvé d’accord sur ce point. À mon avis, quand nous nous demandons comment évaluer la qualité, nous ne devrions pas penser à des experts internationaux qui examinent un plan national de santé et disent ‘oui’ ou ‘non,’ car c’est une procédure trop dirigée du sommet vers la base.

« Il vaut mieux faire en sorte que le pays prenne le processus en charge. Il devrait s’agit d’une entreprise conjointe susceptible de déboucher sur des progrès. Selon moi, le processus de JANS est la meilleure option pour produire une évaluation de qualité. L’évaluation pourrait porter sur des plans sous-sectoriels, en utilisant les mêmes éléments qu’une vraie JANS, ou bien il serait possible de réaliser une JANS complète du plan national de santé, en mettant l’accent plus particulièrement sur la SRMNEA. Si une JANS inclut la SRMNEA, c’est une méthode d’évaluation de qualité de la SRMNEA. J’aimerais que cela fasse partie du processus du GFF.

« L’Éthiopie est un bon exemple d’intégration. Les responsables du pays ont déclaré que l’argument le plus éloquent pour des investissements dans la santé maternelle et infantile est en fait le plan national. Les plans sous-sectoriels pour la santé reproductive, de la mère et de l’enfant sont bien alignés sur le plan national. Les mécanismes de prestation des services pour les interventions proposées dans les plans sous-sectoriels pour la SRMNEA sont très bien reflétés dans le plan national global. Vous pouvez donc voir là l’alignement entre les plans sous-sectoriels et le plan national.

« Dans l’ensemble, un pays a deux principaux avantages à réaliser une évaluation JANS. Premièrement, c’est une occasion d’améliorer le plan national de santé car elle donne la possibilité de faire examiner le plan, par des pairs. En Ouganda, c’était très encourageant de voir la capacité du Gouvernement à répondre aux suggestions de changement du plan national de santé, et dans des délais très courts. Le plan, sur le point d’être adopté officiellement, a été considérablement amélioré, grâce à la volonté du Gouvernement de donner suite aux recommandations qui avaient été formulées collectivement. Un deuxième avantage est qu’en associant les principaux partenaires à l’évaluation JANS, le pays garantit qu’ils adhéreront au plan et s’engageront en sa faveur. Un ministère de la santé ne souhaite pas forcément adopter toutes les recommandations, mais il s’agit d’un processus de progrès et d’apprentissage. Il est raisonnable de s’attendre à ce que le gouvernement n’accepte pas toujours les recommandations et c’est légitime. Des éléments du plan national et des objectifs pour la santé peuvent parfois être guidés par des considérations politiques ; c’est le contexte dans lequel nous travaillons tous. Nous devons faire preuve de réalisme.

« Il me semble que les évaluations JANS pourraient être améliorées si certains membres de l’équipe d’évaluation venaient d’autres pays et avaient déjà participé à leur propre évaluation JANS. Par exemple, des fonctionnaires du Ministère éthiopien de la Santé pourraient être associés à une évaluation JANS dans un autre pays. Cela ressemblerait à un examen par les pairs, puisqu’ils comprennent le processus et partagent des idées fort utiles. 

« Le lien entre les JANS et l’approbation par les donateurs du plan national de santé, suivie de la mise en commun du financement par différents donateurs, n’est pas évident. Mais il a nettement moins de probabilités de s’établir si une JANS n’a pas été menée précédemment. Nous devons nous demander quelle est la solution de remplacement à une JANS. Cela peut être un examen technique externe, qui est un processus du sommet vers la base. J’aimerais voir tous les principaux donateurs utiliser des évaluations JANS, au lieu de se servir de leurs propres procédures d’examen externe. Je pense que c’est dans ce sens que nous devrions aller. »

 L’IHP+ tient à remercier Mikael Ostergren pour son temps et sa contribution.


Other News