26 janvier 2015

L’IHP+ souhaite la bienvenue à Rozina Mistry du Pakistan dans son nouveau rôle comme représentante des organisations de la société civile (OSC) et lui pose quelques questions. Mme Mistry remplace Mayowa Joel, du Communication for Development Centre, Nigéria.

Libérer la voix puissante des OSC : entretien avec Rozina Mistry

Bonjour Rozina et bienvenue à l’IHP+ en qualité de nouvelle représentante des organisations de la société civile. Pouvez-vous nous parler un peu de vous ? 

Bonjour. Je travaille dans le développement depuis plus de 25 ans. Pendant la plupart de ces années, j’ai été associée avec l’Aga Khan Health Service Pakistan (AKHS, P), l’une des principales organisations non gouvernementales et à but non lucratif du Pakistan.  

Le développement communautaire, le renforcement des capacités communautaires pour gérer les centres de santé, la formation des agents de santé pour aborder les questions relatives à la santé des femmes et des enfants, et les programmes de lutte contre les maladies transmissibles et non transmissibles ont représenté ma passion et l’axe principal de mon travail. En qualité de directrice de la santé communautaire, j’étais aussi responsable de l’assurance qualité et du renforcement des systèmes de santé, de la définition du tableau de bord pour le suivi et l’évaluation des programmes et des modèles novateurs de mise en œuvre des programmes pour atteindre les populations vivant dans des zones reculées du Pakistan. 

Après avoir quitté l’AKHS, P, je suis entrée à l’Université Aga Khan comme professeur invité, dans le but principal de partager mon expérience et mon savoir avec les futurs responsables de la santé au Pakistan. J’ai aussi eu le privilège d’être l’un des membres fondateurs et la première coordonnatrice de la Coalition pakistanaise pour la santé et la vaccination, une plateforme extrêmement active d’action de la société civile. Dans le passé, j’ai siégé au Comité directeur des OSC de Gavi et au comité de supervision de Gavi. Je fais également partie en tant que bénévole du Groupe stratégique consultatif d’experts de l’OMS sur la vaccination et le Plan mondial d’action pour les vaccins.  

Qu’espérez-vous accomplir en qualité de représentante de la société civile du Sud ? Que peuvent attendre de vous les OSC du Sud ?

Je crois que la société civile possède un formidable potentiel. La société civile s’est révélée comme l’un des piliers les plus fermes du changement et elle a prodigué un soutien indéfectible pendant des périodes difficiles. J’ai constaté que les OSC sont largement sollicitées, en particulier pendant les crises ou quand il faut avoir accès à des zones difficiles, comme pendant l’urgence due à la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest ou des catastrophes naturelles comme la reconstruction après le séisme au Pakistan. Malheureusement, les OSC n’ont pas pu faire reconnaître leur avis et leur rôle à la mesure de leur mérite. Je rêve de libérer cette voix puissante. 

Un autre point est l’acceptation et la promotion du rôle de la société civile dans la planification des politiques et la redevabilité. La société civile s’emploie à mettre en pratique les principes internationalement reconnus de l’efficacité de l’aide et de la coopération au développement dans le secteur de la santé. Je crois que, même si la société civile a pris conscience de l’importance de son rôle à cet égard, il faut investir dans la consolidation des capacités pour lui permettre de jouer un rôle constructif dans le renforcement national et le plaidoyer politique. Je souhaite promouvoir largement cet objectif. 

Pouvez-vous expliquer le rôle du Groupe consultatif de la société civile auprès de l’IHP+ ? 

Le Groupe consultatif de la société civile auprès de l’IHP+ a été créé par les représentants de la société civile en 2007 en tant que groupe de conseil formé d’individus venant de pays développés et en développement. La principale fonction du Groupe est de garantir la participation utile d’un vaste éventail d’organisations de la société civile aux processus de définition et de planification des politique de l’IHP+ dans le secteur de la santé, aux niveaux national, régional et mondial. Le Groupe supervise également la mise en œuvre des sept comportements aux niveaux national et mondial. Il envisage de se doter de mécanismes pour demander à tous les signataires de l’IHP+ de répondre des résultats obtenus.

Quelles réalisations espérez-vous des OSC dans la coopération au développement dans le secteur de la santé ? 

Les OSC et les ONG ont un rôle très important à jouer dans la coopération au développement et pour garantir l’efficacité de l’aide. Les OSC, par leur participation concrète à la mise au point et l’évaluation des plans nationaux de santé, peuvent aussi faire office de surveillantes et demander aux gouvernements et aux donateurs de rendre compte de leurs engagements et leurs actions. En apportant leur soutien au plan national de santé, les OCS peuvent veiller à ce que les activités de développement soient durables. En raison de la nature de leur travail, elles possèdent une profonde compréhension des déterminants sociaux de la santé. Elles sont familières avec la pauvreté et ses déterminants sous-jacents et peuvent s’assurer que les plans et activités atteignent les personnes qui vivent dans les régions les plus isolées et éloignées. 

Les OSC sont en général en contact avec les communautés qui sont difficiles d’accès et, point capital, leur participation effective devrait donc pouvoir servir de contrepoids aux pouvoirs publics et au marché dans les pays en développement. Moyennant différentes approches, on attend des OSC qu’elles garantissent le respect des sept comportements de l’IHP+ dans les pays.

Le Groupe consultatif de la société civile auprès de l’IHP+ travaille déjà pour parvenir à s’acquitter de cette mission. Nos membres siègent au PTC et au Fonds d’action pour une politique de santé et ils jouent un rôle de premier plan pour veiller à ce que les fonds du projet permettent aux OSC de s’acquitter efficacement de leur mission de plaidoyer. Les membres du Groupe consultatif participent aussi à plusieurs groupes de travail. Ils font partie du Comité directeur de l’IHP+ et, pendant la récente réunion des équipes nationales de santé de l’IHP+ à Siem Reap, ils ont activement pris part à la planification et l’animation des séances. 

Quels sont à votre avis les plus grands enjeux pour la société civile ?

Eh bien, le principal enjeu dans la perspective des OSC est de se faire entendre dans les forums nationaux de dialogue politique. Il reste encore beaucoup à faire. D’une part, les OSC doivent s’organiser pour jouer un rôle essentiel et faire résonner leur voix sur le développement durable de leur pays. Afin de relever ce défi, le Groupe consultatif s’efforce de consolider la capacité des organisations de la société civile à collaborer avec les gouvernements et d’autres acteurs aux processus de planification et de définition des politiques de santé.

Le Groupe consultatif négocie également avec le Fonds d’action pour une politique de santé en vue d’organiser le renforcement des capacités des OSC participantes et d’autres dans la coalition de leur pays. Dans les pays où la société civile est parvenue à obtenir un siège dans la plateforme de coordination du secteur de la santé, l’espace manque pour une participation réelle des OSC. L’objectif est que le gouvernement reconnaisse les OSC comme des partenaires essentielles de la coopération au développement ainsi que de l’harmonisation et l’alignement de l’aide. C’est un défi ambitieux et le Groupe consultatif reconnaît la nécessité d’investir dans des mécanismes futurs de redevabilité pour l’IHP+.

À qui faut-il s’adresser pour obtenir de plus amples informations sur la coopération au développement dans le secteur de la santé et le rôle des OSC ?

Le site Internet de l’IHP+ contient des informations précieuses sur la coopération au développement et la santé, avec des renseignements sur les principales questions, des outils utiles et aussi les résultats et les enseignements tirés. En outre, une boîte à outils riche en informations sur la coopération au développement et la santé précisément pour les OSC est aussi disponible sur ce site. Si votre OSC souhaite travailler davantage dans ce domaine, ou si vous voulez mieux comprendre ces questions, jetez un coup d’œil à la boîte à outils.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Pour terminer, j’aimerais souligner à nouveau la nécessité d’un environnement plus propice à la participation des OSC aux niveaux national et mondial, afin de garantir leur efficacité dans les processus de planification et de définition des politiques dans le secteur de la santé et, en dernier ressort, dans le programme de développement de l’après-2015 et dans la coopération au développement.

Regardez un court métrage de Rozina Mistry s’exprimant sur le rôle des OSC dans la coopération au développement et la santé (en Anglais).

 

 

 

 

 


Other News