9 décembre 2013

Entretien pour la newsletter du IHP+ avec Dr Tim Evans (Directeur du groupe Santé, Nutrition et Population à la Banque mondiale) et Dr Ties Boerma (Directeur Statistiques sanitaires et systèmes d’information sanitaire à l’Organisation mondiale de la santé)

Les responsables de la santé mondiale recentrent leur attention sur les résultats et la redevabilité

Lors d’une réunion informelle qui s’est tenue à New York début septembre 2013, les responsables des agences de santé mondiale ont remis l’accent sur le suivi des résultats et la redevabilité. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce qui a motivé ce renouveau d’attention ?

Dr Tim Evans : Profitant de rassemblements mondiaux tels que l’Assemblée mondiale de la Santé ou plus récemment l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, les Responsables des agences de santé mondiale se sont réunis à plusieurs reprises cette année. Ces réunions informelles répondaient  à l’appel lancé par les équipes de santé de l’IHP+ qui s’étaient réunies à Nairobi en décembre 2012 : sept comportements pour les partenaires du développement avaient été identifiés comme étant essentiels pour accélérer les progrès en matière d’efficacité de l’aide dans le secteur de la santé. Lors de leur dernière réunion à New York en septembre, les Responsables des agences de santé mondiale ont discuté des progrès et des obstacles liés à la concrétisation de ces sept comportements et, suite à cela, ont proposé que les agences s’engagent à une action commune dans un domaine spécifique : la simplification de l’évaluation des résultats et la redevabilité. Les discussions ont été très animées et passionnées. Elles ont abouti à la création d’un groupe de travail présidé par Margaret Chan, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, et celui-ci s’est engagé à prendre certaines mesures d’ici avril 2014.

Ce renouveau d’attention est en effet tout à fait opportun. Les résultats et la redevabilité restent néanmoins des thèmes très vastes. Concrètement, que va faire ce groupe de travail, entre maintenant et avril, et quels résultats spécifiques peut-on escompter ?

Dr Tim Evans : Les responsables de santé ont convenu de se mobiliser ensemble et d’aligner leur travail sur trois points particuliers : 1) mieux aligner les rapports pour les partenaires et rationaliser  la demande d’indicateurs ; 2) améliorer la mesure des résultats ; et 3) améliorer les manières dont les résultats sont communiqués de manière systématique pour la prise de décision.

Dr Ties Boerma : Chaque agence a identifié un point focal qui commencera à travailler sur chacun de ces trois aspects. La première phase consistait à demander aux points focaux de fournir une vue d’ensemble concernant leurs obligations de soumission des rapports, de manière à pouvoir s’entendre sur un certain nombre d’indicateurs harmonisés. Ceci ne sera pas facile car de nombreux indicateurs sont liés aux déclarations internationales que les États membres ont signées, par exemple lors de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/sida (29 indicateurs) ou encore le plan d’action pour la Déclaration politique sur les maladies non transmissibles (environ 25 indicateurs).

Des efforts ont déjà été faits pour améliorer la redevabilité, comme par exemple la Commission de l’information et de la redevabilité pour la santé de la femme et de l’enfant. Y aura-t-il un lien avec ce qui a été fait jusqu’à maintenant ? Et comment ce travail abordera-t-il la question de la redevabilité des partenaires du développement envers à la fois les bénéficiaires des fonds et leurs propres gouvernements comme source de financement ?

Dr Tim Evans : La Commission fait une recommandation spécifique sur ce point-là et ce nouveau travail viendra s’ajouter aux efforts déjà faits pour améliorer l’alignement et la redevabilité. Quant à la redevabilité envers les gouvernements des bailleurs de fonds, elle sera également prise en compte. Ce processus vise à améliorer l’alignement dans son ensemble, non seulement des indicateurs spécifiques, mais aussi des instruments permettant de recueillir les données concernant la redevabilité et de mesurer l’impact. Par exemple, dans une première étape, chaque agence partenaire du développement identifiera des mesures clés de redevabilité envers les Parlements en matière d’efficacité de l’aide, mais aussi des mesures dont elle peuvent se passer ; ainsi, un cadre commun pourra être utilisé par tous les partenaires pour garantir la redevabilité mutuelle des pays et des partenaires du développement quant à leur performance dans le secteur de la santé.

Dr Ties Boerma : Par ailleurs, le Cadre pays pour la redevabilité établi par la Commission a une mission plus large car il accompagne les pays dans le renforcement de la redevabilité, y compris le suivi, les évaluations complètes, et les recours. L’objectif premier des Responsables de la santé mondiale est de se concentrer sur les résultats et la redevabilité, de manière beaucoup plus ciblée, pour parvenir à harmoniser les exigences de reporting et fixer des méthodes plus efficaces pour la communication des résultats.  

Y a-t-il des mécanismes en place afin de faciliter la participation à ce processus des pays en voie de développement et des organisations de la société civile ?

Dr Tim Evans : Ce qui compte, c’est les pays bien sûr; l’IHP+ lui-même est centré sur les pays. Les bonnes pratiques en matière d’alignement et de soumission des rapports seront recueillies auprès des pays. Nous demanderons également aux pays de donner leur avis sur comment améliorer les mécanismes de collecte des données, auprès des systèmes d’information nationaux ou bien à d’autres niveaux plus bas de suivi, comme par exemple les établissements de santé. L’objectif étant de comprendre et de mieux aligner les nombres d’indicateurs clés, mais aussi la fréquence et les mécanismes du suivi.  

Dr Ties Boerma : Le cadre de suivi et d’évaluation du IHP+ pour une plateforme dirigée par le pays en matière d’information et de redevabilité doit rester l’objectif. Les partenaires devraient investir par le biais d’une plateforme unique reliée à des processus d’information et de redevabilité.  Cette plateforme doit devenir la base du suivi à l’échelle internationale et les mécanismes parallèles de suivi doivent finir par être absorbés par cette plateforme. Il faut par conséquent qu’elle soit de qualité, transparente, et conforme aux normes internationales.

Avez-vous établi un calendrier pour ce processus et ce qui se passera après avril 2014 ?

Dr Tim Evans : Le fait de se recentrer sur les résultats et la redevabilité n’est pas un objectif à court terme, et il se poursuivra bien au-delà de ce que fera le groupe de travail initié par les Responsables de la santé mondiale. En ce qui concerne le cadre pour aligner le suivi,  l’amélioration des instruments de mesure des résultats, et l’amélioration de l’utilisation des résultats à des fins de prise de décision, nous pensons que le travail accompli entre maintenant et avril aidera les pays à améliorer plus rapidement la performance de leurs systèmes de santé ainsi que leur redevabilité par rapport aux résultats.   

Dr Ties Boerma : Le but est d’avoir de meilleures informations sur ce en quoi les ressources ont été investies et quels ont été les résultats obtenus. Il ne faut pas regarder à quoi chaque dollar individuel de chaque partenaire du développement a servi, mais plutôt ce qui a été accompli de manière collective. Les approches qui exigent une évaluation des vies sauvées grâce à tel ou tel projet/bailleur de fonds individuel risquent d’induire une fragmentation et sont souvent techniquement impossibles à mettre en œuvre. En réalité, nous pensons que ce processus accompagnera les efforts que fait déjà le IHP+ pour favoriser, sur le long terme, l’harmonisation des cadres de suivi et des évaluations conjointes.

Catégories: Évaluations & Feuilles de route M&E


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