8 mai 2014

GAVI Alliance a utilisé les « sept comportements » sur la coopération au développement pour évaluer et améliorer son travail de partenaire du développement. L’IHP+ a récemment interviewé Hind Khatib-Otman, Directrice des programmes de GAVI, sur l’emploi de cette approche par GAVI, qu’est-ce que cela a changé et quelles difficultés ont été rencontrées.

Comment GAVI Alliance utilise les ‘sept comportements’

GAVI est un partenariat public-privé œuvrant pour sauver la vie des enfants et protéger la santé de la population en élargissant l’accès à la vaccination dans les pays pauvres. GAVI est l’un des 19 partenaires du développement qui ont initialement signé le Pacte mondial de l’IHP+ en 2007, par lequel ils s’engageaient à améliorer l’efficacité de l’aide et la coopération au développement.

Lors d’une réunion de l’IHP+ à Nairobi, en décembre 2012, les participants ont recensé plusieurs domaines essentiels où les partenaires internationaux du développement doivent modifier leur comportement afin d’améliorer la coopération au développement. Ils sont connus sous le nom des sept comportements :

  1. Soutenir une unique stratégie nationale de santé.
  2. Inscrire tous les fonds pour la santé dans le budget national. 
  3. Harmoniser et s’aligner sur les systèmes nationaux de gestion financière.
  4. Harmoniser et s’aligner sur les systèmes nationaux de passation des marchés et d’approvisionnement. 
  5. Utiliser une plateforme unique d’information et de redevabilité. 
  6. Soutenir la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire.
  7. Fournir une assistance technique bien coordonnée.

     Explication complète des sept comportements

Q. Comment GAVI a-t-elle utilisé les sept comportements ?

Après la réunion de Nairobi en 2012, GAVI a commencé à examiner les sept comportements. Nous avons réfléchi à ce qu’ils pouvaient nous apprendre. Le moment était bien choisi car, à l’époque, nous étions en train de changer notre modèle de fonctionnement et de réviser nos directives. Nous nous sommes demandé comment les sept comportements pouvaient nous aider à rationaliser nos directives sur le financement des systèmes de santé et des vaccins.

Nous avons procédé à une vaste opération. Un comité a encadré la mise à jour de nos directives et, sur une période de deux mois, nous avons examiné chacun des sept comportements et étudié comment nous pouvions les intégrer dans le nouveau modèle de fonctionnement. Nous avons tenu de sérieuses discussions qui ont réuni des personnes de différentes équipes au sein de l’organisation : suivi et évaluation, finances, transparence et responsabilité, politiques, programmes, administration des vaccins et renforcement des systèmes de santé. Nous avons aussi associé des personnes qui travaillaient sur l’IHP+ et qui possédaient des connaissances et une expertise sur l’efficacité de l’aide et l’harmonisation. Elles nous ont permis de placer les choses dans leur contexte et d’analyser comment GAVI pouvait faire œuvre de pionnier et progresser dans le sens de l’efficacité de l’aide et la coopération au développement.

Q. Quels changements avez-vous introduits comme résultat de l’utilisation des sept comportements ?

Les sept comportements font partie intégrante des nouvelles directives de financement de GAVI. Les directives sont publiées partiellement cette année et le seront dans leur totalité l’an prochain. Nous avons effectué une réorientation majeure de perspective et, au lieu de partir des vaccins, nous prenons désormais le pays comme point de départ. Nous avons changé la présentation de nos rapports, notre gestion financière, notre gestion de l’information et la manière dont nous communiquons. Nous n’obtenons pas de résultats excellents pour les sept comportements, mais dans l’ensemble, nous avançons dans l’harmonisation et vers un meilleur alignement.

Soutenir une unique stratégie nationale de santé

L’un des sept comportements consiste à soutenir une unique stratégie nationale de santé. Auparavant, GAVI ne demandait pas qu’une proposition soit fondée sur une stratégie nationale de santé et nous insistions beaucoup sur le plan pluriannuel complet pour la vaccination. Dorénavant, toutes nos propositions doivent être basées sur une stratégie nationale de santé. Nous avons pensé que c’était l’occasion de collaborer avec les partenaires de GAVI, en veillant à ce que les partenaires qui connaissent les pays mieux que nous travaillent avec le ministère de la santé pour actualiser la stratégie nationale de santé. Nous voulions aussi être capables de financer des volets de la stratégie nationale de santé en fonction des manques identifiés par le pays.

Inscrire tous les fonds pour la santé dans le budget national

Nous avons commencé à parler des budgets et nous demander s’ils étaient conformes aux priorités nationales. Cette réflexion a été utile car beaucoup de partenaires s’adressaient à nous en nous disant : « Écoutez, vous autres à GAVI et au Fonds mondial, vous êtes en train de fragmenter les systèmes de santé car personne ne veut travailler dans d’autres secteurs que la vaccination, le sida, la tuberculose et le paludisme, et vous complétez les salaires ». Notre équipe chargée de la transparence a demandé que les primes qui majorent la rémunération fassent partie d’une stratégie nationale de ressources humaines pour démontrer comment les pays entendent la pérenniser. Cette disposition est aussi incluse dans nos directives sur le soutien.

Harmoniser et s’aligner sur les systèmes nationaux de gestion financière

Nous avons consulté le Fonds mondial et la Banque mondiale. Ils disposaient déjà de systèmes en place ; nous avons donc examiné comment nous pouvions nous baser sur leurs mécanismes et éviter ainsi les systèmes parallèles. Pour garantir la transparence et la responsabilité, nous avons envisagé une mise en commun des financements, assortie d’une assurance minimale garantissant l’allocation des fonds de GAVI aux programmes de vaccination. Nous craignions de prendre des risques importants en travaillant de manière harmonisée ou commune. Mais, après notre évaluation, nous avons mieux compris comment nous pouvions réaliser le suivi du financement, sans forcément créer un système parallèle.

Harmoniser et s’aligner sur les systèmes nationaux de passation des marchés et d’approvisionnement

C’est un enjeu majeur pour nous de totalement harmoniser l’achat de vaccins. Le modèle de GAVI fonctionne sur les achats groupés et c’est ainsi que nous influençons le marché des vaccins. Nous ne pouvons tout simplement pas faire autrement pour garantir véritablement qu’il existe un volume de vaccins. Nous informons les pays sur les normes minimales des pratiques correctes de passation des marchés au niveau national (politiques d’achat, transparence et redevabilité nationales). Nous avons alloué des fonds supplémentaires par le biais d’un plan de développement ou d’une allocation pour aider les pays à renforcer leurs capacités et leur permettre de construire un système national.

Utiliser une plateforme unique d’information et de redevabilité

Par le passé, GAVI a utilisé uniquement des indicateurs de la couverture et il est très difficile en un an de montrer si un pays a relevé sa couverture de 60-90% par exemple. Dans l’intervalle, nous avons donc besoin de données pour démontrer si nous sommes sur la bonne voie. Nous avons donc décidé d’introduire des indicateurs intermédiaires. Nous avons utilisé le cadre commun de suivi et d’évaluation de l’IHP+ et sélectionné les indicateurs les plus adaptés à la mission de l’Alliance et sur lesquels nous pouvons nous baser à partir de la proposition présentée par le pays. En outre, nous disposons maintenant d’une base de données à laquelle ont accès GAVI, l’UNICEF et l’OMS. Nous pouvons tous introduire des données précises sur un pays, les consulter et y avoir accès. C’est un progrès fantastique car nous avons de cette façon établi de bonnes valeurs de référence pour les trois principaux partenaires travaillant sur les vaccins et la vaccination.

Soutenir la coopération Sud-Sud et la coopération triangulaire (et)
Fournir une assistance technique bien coordonnée

Nous n’avons pas beaucoup progressé sur ces deux points, mais ils sont à l’ordre du jour. Notre modèle d’assistance technique est essentiellement fondé sur le soutien de deux partenaires de l’Alliance (l’OMS et l’UNICEF), puisqu’ils prodiguent une assistance technique par le biais de leur bureau national et apportent des compétences majeures dans le pays. Nous voulons que les pays apprennent les uns des autres ; alors, comment encourager une collaboration resserrée et favoriser l’apprentissage entre pays ? Nous avons encore du travail à faire puisque nous n’avons pas encore recensé soigneusement les compétences spécialisées disponibles dans les pays et nous ne savons pas comment nous pouvons les utiliser.

Q. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Le domaine des achats a posé de grosses difficultés car les systèmes et politiques de passation des marchés sont très faibles. Avec les évaluations de la gestion financière (EGF), nous pouvons toujours identifer les lacunes et formuler des recommandations au pays sur la manière de les corriger au mieux. Cela ne s’est pas produit dans tous les pays et c’est encore le point le plus problématique. GAVI est de plus en plus active dans les EGF conjointes avec d’autres partenaires, notamment la Banque mondiale. Sur la base des EGF, la préférence de GAVI est de fournir un financement aux systèmes nationaux.  

Q. Qu’avez-vous appris en tant qu’organisation ?

Nous avons appris que les partenaires de l’Alliance peuvent adopter des approches souples pour améliorer notre soutien aux pays. Le changement est difficile, mais faisable. Les pays et l’appropriation nationale sont la clé du succès et c’est important que les pays identifient leurs besoins en assistance technique dès le début du processus et qu’ils proposent des solutions. Une autre leçon est qu’il faut assurément compter sur un champion à l’intérieur de l’organisation. Le fait que notre PDG et la direction exécutive aient approuvé le changement de modèle de fonctionnement privilégiant un alignement plus strict sur les processus nationaux, qui est maintenant partie intégrante de la demande de soutien, la gestion et l’examen de l’allocation, a ainsi été d’un grand secours. 

Catégories: Efficacité de l’Aide


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